Dans cette actualité qui nous serre la gorge, où les incendies, ceux des forêts, ceux des vies, semblent se multiplier, Valérie dresse une table au milieu des ruines. Un geste simple, presque dérisoire. Une nappe blanche sur un sol calciné. Une tasse vide, mais posée là, comme une promesse.
On pourrait y voir du déni. Une fuite. Une façon de fermer les yeux sur le chaos qui gronde, là, juste derrière les murs effondrés. Mais si c’était plus que ça ? Et si c’était la seule réponse possible à l’asphyxie du réel ?
Nos imaginaires ne sont pas des refuges. Ce sont des sas de décompression. Des lieux où l’on peut encore respirer quand l’air extérieur devient irrespirable. Valérie ne nie pas la destruction. Elle l’habite autrement. Elle y superpose, le temps d’un repas imaginaire, le souvenir d’un monde où les interrupteurs fonctionnaient, où les murs tenaient debout. Elle se sauve non pas en fuyant, mais en recréant, dans les décombres, un fragment de ce qui lui permet de tenir.
Alors oui, on rêve. On fantasme un quotidien qui n’existe plus, ou qui n’a jamais existé. On s’accroche à des gestes, à des objets, à des rituels comme à des bouées. Parce que quand la réalité étouffe, l’imaginaire devient un acte de résistance. Peut-être le seul qui nous reste.
La question n’est pas si nos imaginaires peuvent nous sauver. Mais comment faire pour y croire assez fort ne serait-ce que le temps d’une tasse de thé posée sur une table qui n’a plus de maison.
Le 8 juillet 2025, un incendie ravage les hauteurs de l’Estaque à Marseille.
Valérie a construit sa maison petit a petit d’année en années, le feu lui a tout pris